Puisqu’il maîtrise dans les moindres détails les techniques et trucs de la communication politique, Nicolas Sarkozy sait que toute déclaration faite au creux du creux de l’été, entre le 1er et le 15 août, trouve aussitôt amplification et retentissement. Voilà pourquoi le président de LR (Les Républicains) a accordé un long entretien à l’ultra-droitier hebdomadaire Valeurs Actuelles qui, semaine après semaine, massacre François Hollande et en appelle, sans le dire explicitement tout en le laissant entendre, à un accord au moins tacite entre la droite républicaine et le Front National. C’est donc avant tout aux électeurs d’extrême droite que Sarkozy s’est adressé dans cette interview et une telle démarche est à l’évidence légitime, utile. Il est en effet indispensable de travailler au retour de ces millions de Français dans le cercle de la raison républicaine. Si Sarkozy décidait à l’inverse de les snober, de les abandonner à Marine Le Pen, alors il trahirait sa mission et sa fonction.
Il serait donc stupide de lui reprocher ce « coup de l’été » dans le si contesté Valeurs Actuelles. En revanche, il est indispensable d’examiner ce texte dans le détail et en s’intéressant exclusivement à son contenu : annonce-t-il une ligne, une tendance, un projet politique ? Le refus du Front National est-il tactique ou relève-t-il d’une divergence culturelle qui ne se résorbera jamais ? Bien sûr qu’il est utile, indispensable même, de prendre Nicolas Sarkozy (très) au sérieux, de ne plus le critiquer sur la forme et les formes, de s’en tenir à l’essentiel, c’est à dire ses options politiques.
On ne peut tout de même s’empêcher de sourire en examinant de près la mise en scène à laquelle nos confrères de Valeurs Actuelles se sont prêtés : Sarkozy faussement détendu dans la maison de vacances de son épouse, Carla Bruni, sirotant un jus de tomate et dissertant sur les dizaines de kilomètres que, chaque jour, il « avale » sur son vélo – de course cela va de soi. Pendant ce temps, Mme. Bruni apparaît, passe et repasse, « entre un bain de mer et un plongeon dans la piscine », estiment utile de préciser les journalistes de Valeurs Actuelles, extatiques, quasiment en lévitation.
Platitudes de circonstance
Mais qu’importe ces détails et considérations. Restons sur le texte, rien que les textes. Les idées, exclusivement les idées. Depuis son retour en politique, il y a presque une année déjà, Nicolas Sarkozy n’a pas dissimulé que sa priorité était avant tout de reprendre le pouvoir au sein de l’UMP ensuite transformé en LR., d’assurer l’unité, serait-elle de façade, de remporter les élections municipales et départementales. Ces différentes priorités ont été menées à bien. Place donc à la réflexion, il est temps, même si les deux batailles électorales à venir en 2015 (élections régionales) puis en 2016 (primaire de la droite et du centre) pourraient une nouvelle fois obscurcir les enjeux majeurs, notamment la relation de la droite républicaine au Front National. Le problème reste en effet entier même si Sarkozy en réfute à la fois la nature et le réalité : « Je m’étais engagé à clarifier définitivement les choses avec l’extrême droite. J’ai indiqué qu’il n’y aurait aucun accord départemental, régional, municipal avec le FN ». Affaire classée ? Évidemment pas. Pas d’alliance avec le FN, cela semble clair. Mais comment le combattre ? Comment le réduire ? Dans Valeurs Actuelles, les réponses politiques du président de LR s’avèrent, il faut bien le constater, d’une insigne faiblesse: « A tous ceux qui sont tentés par le Front National, je veux rappeler que le programme économique de Marine Le Pen est le même que celui de M. Mélenchon : à voir les conséquences de la politique de M. Tsipras, qu’ils ont tous deux soutenus, on mesure à quel point la politique de Marine Le Pen ne ferait qu’aggraver leurs souffrances (…). On doit lutter contre le FN en essayant de convaincre ceux qui veulent voter pour lui, en apportant des solutions à leurs angoisses, et non pas en les méprisant ou en leur donnant des leçons ».
Rien de nouveau, aucune approche originale, rodomontade sempiternelle de tout responsable politique – droite et gauche confondues – incapable depuis trois décennies d’annihiler la progression idéologique et culturelle du parti d’extrême droite. Mots vides pour une pensée creuse. Vacuité identique sur d’autres sujets, platitudes de circonstance.
– Le monde d’aujourd’hui ? « Il n’a plus rien à voir avec ce qu’il était il y a cinquante ans. Il y a cinquante ans, une dizaine ou une quinzaine de pays se partageaient la croissance mondiale. Maintenant, ils sont cent cinquante à se battre pour profiter de celle-ci, et cela change tout, car la concurrence est beaucoup plus rude. Il nous faut donc réinventer, refondent notre système ». Banalités à répétition, portes enfoncées, non défoncées.
– La refondation du modèle français ? « Nous n’atteindrons plus un niveau de croissance élevé et nous ne ferons pas baisser le chômage de manière durable en restant l’un des pays d’Europe qui a le plus haut niveau de taxes et d’impôts, de dépenses publiques et de normes. Si l’on regarde tous ces grands dossiers, on s’aperçoit qu’il s’agit de la refondation d’un modèle, le nôtre, qui ne correspond plus au monde d’aujourd’hui. Ne pas voir cela, c’est la certitude de l’échec ». Et bla bla bla… Empilement de poncifs qui conviennent au petit peuple des élus de la République.
Un souffle ? Un projet ? Une musique qui puisse enthousiasmer les Français ? Une vision de l’Europe ? Des innovations quant à la politique d’immigration ? Pas un mot, pas un trait, pas une idée innovante. Nicolas Sarkozy nous suggère d’attendre le « projet d’alternance » qu’il concocte avec le député de l’Oise, Eric Woerth. Nous patienterons donc. Mais sans espoir démesuré.
Car, pour l’instant, on s’ennuie ferme avec l’ex président.
Source Article from http://www.challenges.fr/politique/20150807.CHA8401/la-siderante-vacuite-politique-de-nicolas-sarkozy.html
Source : Gros plan – Google Actualités
