Selon le baromètre Ernst & Young sur l’attractivité de la France en 2014, les investissements étrangers sont toujours à la hausse, mais les emplois qu’ils ont générés sont en baisse. Les raisons d’un grand écart.
Attractive ou pas la France? Alors qu’il y a un an la question se posait encore, le rebond des investissements étrangers observé pour 2013 se confirme et s’amplifie, selon le baromètre Ernst & Young pour 2014. 608 projets ont été recensés, soit 18% de plus qu’en 2013, quand les investissements en Europe ne progressent que de 10%. Comme l’année dernière, la France reste première destination européenne pour les implantations industrielles. Ses capacités d’innovation sont appréciées. 68% des décideurs la jugent comme une localisation « satisfaisante ». Mais sur l’ensemble des projets d’investissements, la France reste troisième, derrière l’Allemagne et le Royaume-Uni, qui fait largement la course en tête. La France est bien de retour dans la course, mais elle n’a pas libéré son potentiel, assure le baromètre Ernst & Young, incriminant coût du travail, fiscalité et réglementation. Résumé d’un bilan en demi-teinte.

France, attractivité, Allemagne, Royaume-Uni, baromètre Ernst & Young
Ernst & Young
Des salariés toujours trop chers
Le retour de l’attractivité? « Une tendance en trompe-l’oeil ». Car les emplois ne sont pas au rendez-vous. Les 608 décisions d’investissement direct étranger (IDE) enregistrées en 2014, en hausse de 18% par rapport à l’année dernière, n’ont généré que 12 577 emplois, une chute de 11% par rapport à l’année dernière. Dans les quarante-trois pays européens observés par Ernst & Young, pourtant, la hausse des investissements étrangers s’est traduite par une hausse de 12% des emplois créés.
En France, la reprise des implantations industrielles, réputées créatrices d’emploi, est pourtant bien réelle. Mais ces 231 projets sont de faible taille, et ne consistent à 80% qu’en extensions d’unités existantes. « Les investisseurs réaménagent par petites touches leur supply chain et restent prudents sur l’ampleur de leurs investissements ». L’emploi, pour sa part, « demeure pénalisé par le coût et la flexibilité du travail », selon le baromètre, qui oppose au modèle français « l’hyper-flexibilité » du marché du travail britannique. Un exemple: dans l’industrie, 71 postes par projet industriel sont créés outre-Manche, 39 Outre-Rhin, contre seulement 25 en France.

Baromètre Ernst & Young 2014, emplois dans l’industrie
Ernst & Young
Le CICE a pourtant fait baisser le coût du travail de 6%, et le coût horaire du travail dans l’industrie est désormais inférieur à celui de l’Allemagne. Le nombre d’emplois industriels créés en France est même supérieur à l’Allemagne, 5827 contre 5090. Mais les décideurs internationaux sont encore 44% à demander un allègement du coût du travail, contre 35% l’année dernière. « La réduction du CICE ne suffit pas », explique à L’Express Marc Lhermitte, de Ernst & Young: « Le coût manufacturier reste au dessus de la moyenne européenne. La France a du mal à justifier son prix ». Il ne s’agit pas pour autant, d’imiter le modèle britannique, assure Marc Lhermitte. Plutôt, dans la lignée du rapport Gallois, de « réduire la complexité » française.
France: quel « sens économique »?
Autre point noir selon Ernst & Young, la mauvaise place de la France en matière d’implantation de sièges sociaux. Elle n’est que numéro 5, derrière les Pays-Bas, l’Irlande, l’Allemagne et le Royaume-Uni. Et ce nombre chute en un an de 18 à 11, alors que Londres rafle 57 implantations. Une décrue à laquelle le baromètre lie également celle de l’implantation des centres de R&D: « Malgré le crédit impôt recherche et ses avantages fiscaux, la France ne fait pas la différence… »
Mais si la matière grise se fait désirer, il ne s’agit pas forcément d’un problème de concurrence fiscale. D’ailleurs, les décideurs ne sont plus que 37% à demander un allègement de la fiscalité des entreprises, contre 44% l’année dernière. « La France ne propose pas aujourd’hui son modèle avec la même force que l’Allemagne », explique Marc Lhermitte. Alors que le Royaume-Uni est allé vers la tertiarisation de son économie et que l’Allemagne s’est clairement tournée vers l’exportation, la France peine à définir son « sens économique », selon Ernst & Young. Ce manque de lisibilité expliquerait également le manque d’attrait de la France pour les pays émergents. Les Chinois nous préfèrent l’Allemagne, qui leur ouvre les portes de l’Europe centrale.
Faut-il conquérir des parts de marché dans la zone historique d’influence française, le pourtour méditerranéen, pour réveiller l’intérêt des émergents? C’est ce que préconise le baromètre. Mais la France a aussi d’autres cartes à jouer, comme celle de la « French Tech ». Avec 73 projets, le secteur du numérique a progressé de 30% en un an. La France serait le « next big thing » du numérique, selon le patron de Cisco cité par le directeur général de Google France. Les ingénieurs français « font défaut à l’Allemagne », signale aussi le président de Bosch France pour Ernst & Young. 42% des chefs d’entreprise interrogé citent parmi les atouts de la France sa capacité d’innovation. Un chiffre en hausse de 3%. Sont-ils prêts à en payer le prix?

Baromètre Ernst & Young innovation
Ernst & Young
Source Article from http://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/ce-que-cache-la-hausse-de-l-attractivite-de-la-france_1683135.html
Source : Gros plan – Google Actualités
