A la veille du premier tour de l’élection au suffrage de 1009 parlementaires et représentants des régions du Président de la République, jeudi 28 janvier à partir de 15 heures, il n’est toujours pas possible d’identifier un favori même si la liste des prétendants que nous présentions dans un précédent post s’est réduite (oh! la belle allitération). Tout au plus émerge un portrait-robot.
Le futur élu devra avoir, selon les responsables des différentes formations, une forte personnalité, une réputation d’homme d’Etat et de neutralité, une expérience politique mais, si possible, pas trop militante et une bonne image internationale. Ce profil semblerait exclure a priori le ministre de l’économie, Pier Carlo Padoan, ancien directeur du FMI, Walter Veltroni, le fondateur du Parti Démocrate (PD, centre gauche) et le maire de Turin, Piero Fassino, fondateur des Démocrates de gauche (DS), formation aujourd’hui disparue. Le conditionnel reste plus que jamais de rigueur.
Mais la journée a été marquée par le nouvel entretien de près de deux heures entre Matteo Renzi, Président du conseil et secrétaire du PD, et Silvio Berlusconi, fondateur, président et financier de Forza Italia. Le second est persuadé d’être indispensable au premier après que les voix des parlementaires de son parti ont permis au Premier ministre d’engranger la réforme du travail (Jobs Act) et celle du mode de scrutin. Il exagère à peine : le PD ne dispose pas à lui seul des deux tiers des suffrages (672 voix) nécessaires pour élire un Président de la république de son choix lors des trois premiers tour, ni même de la moitié (505) requise à partir du quatrième.
Silvio Berlusconi veut maintenant pousser son avantage en imposant son candidat. Pas besoin d’être grand clerc pour deviner ce qui l’intéresse. Il attend du prochain Président une grâce qui lui permette de retrouver son honneur et son siège de sénateur qu’il a dû quitter après sa condamnation définitive pour fraude fiscale. Une personnalité comme celle de Giuliano Amato, ancien socialiste, membre du PD, baptisé Dottore Sottile (docteur subtil) en raison de sa profonde connaissance des règles du jeu de la politique – et de son habileté à se mouvoir dans le marigot – ne serait pas pour lui déplaire.
De son côté Matteo Renzi doit faire la preuve qu’il n’est pas pieds et poings liés par l’accord passé avec son aîné: « Ce n’est pas notre pacte qui fera naître le nom du futur Président de la République », a-t-il dit. Selon la presse italienne qui suit ces tractations avec beaucoup plus d’intérêt que ne le mérite cette fonction somme toute honorifique, son cœur balance pour Sergio Mattarella, ancien ministre de la Démocratie Chrétienne qui en 1992 a démissionné de son poste pour protester contre une loi sur l’audiovisuel qu’il considérait comme un cadeau fait à Silvio Berlusconi qui constituait alors son empire médiatique.
De l’issue de cette négociation en coulisses dépendra la réponse à la question: qui contrôle qui? Qui a le plus de poids dans la politique italienne? Qui mange qui? Le vieux crocodile ou le jeune loup? L’élection de Giuliano Amato sera présentée comme une énième victoire de Silvio Berlusconi, revenu du diable Vauvert. Celle de Sergio Mattarella comme celle du savoir-faire du Président du conseil.
Une chose parait acquise. L’élection du successeur de Giorgio Napolitano ne devrait pas intervenir avant samedi 31 janvier ou dimanche 1er février au plus tard. Parce qu’ils n’ont pas les moyens de faire élire le futur chef de l’Etat du premier coup en raison de leurs oppositions internes, Berlusconi et Renzi qui doivent se revoir jeudi 29 avant le début du vote ont appelé leurs troupes parlementaires à voter blanc lors des trois premiers scrutins jeudi et vendredi.
Mais n’oublions toujours pas l’adage: « Qui entre pape au conclave en ressort cardinal »….
Philippe Ridet
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Source Article from http://italie.blog.lemonde.fr/2015/01/28/election-du-president-ce-que-risque-renzi-ce-que-veut-berlusconi/
Source : Gros plan – Google Actualités
