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« La France est plus forte quand elle est plurielle, multiple et … – Blog Le Monde (Blog)

«Je ne suis pas un “Juif de France”». «Personne ne nous a distingués par notre “religion” depuis… Vichy et Pétain!». «Les juifs qui vivent en France sont citoyens français». «Ce titre est une insulte à la tradition républicaine française»…

Le 11 janvier, nous étions «tous des Charlie»… Pour le meilleur ou pour le pire. Le «poids des mots» a d’abord pris tous les droits. Le choix des mots se trouve aujourd’hui confronté à ses devoirs. Après le temps de la sidération, de l’émotion, de la mobilisation, voici venu le temps de la réflexion, de l’introspection, de la modération. Du dicible et de l’indicible.

Notre manchette «Juifs de France : la tentation du départ» (Le Monde du 21 janvier) a suscité une levée de boucliers dans ce contexte de l’après-« Charlie ». Dans sa chronique du 24 janvier, le médiateur du Monde revient sur cette « une » controversée, évoquant l’enquête sur la tentation de l’alya (le départ pour Israël) chez des Français juifs dont la qualification de «Juifs de France» a réveillé manifestement des douleurs anciennes chez ceux qui refusent tout communautarisme.

Nous publions ci-dessous l’intégralité des courriers et courriels reçus.

Pascal Galinier, Médiateur du Monde

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Refuser cette dérive communautariste mortifère

Comment décrire ma réaction devant la formulation de la «Une» du Monde du 21 janvier : «Les Juifs de France : la tentation du départ» ? Colère, rage, douleur, surprise, j’ai même hésité devant le kiosque avant d’acheter le journal. Je l’ai relu plusieurs fois, les larmes aux yeux, tant ce titre m’a choquée. Ces mots ont provoqué chez moi un sentiment brutal d’exclusion.

C’est donc ainsi que Le Monde nous voit? Comme des femmes et des hommes d’abord catégorisés par leur supposée croyance, ou leur appartenance à une culture spécifique plutôt que par leur citoyenneté, ou par le pays dans lequel ils ont choisi de vivre, de travailler, de partager leur destin, de penser leur avenir parce qu’ils s’y sentent en sécurité, chez eux…

Parmi les Français qui sont de religion ou de culture juive, une part importante d’entre eux se reconnait toujours comme citoyens français et ils croient en ce ciment solide de la laïcité. D’autres se sentent hélas, déjà lâchés par la France : devant tant de violence, de haine, ces déferlements d’antisémitisme, ils sont tentés de partir, plus nombreux qu’avant. C’est vrai et c’est un échec de notre modèle du vivre ensemble ! Des citoyens français quittent la France parce qu’ils s’y sentent mal…

Que serait la France sans ses juifs ? Manuel Valls posait cette question avec raison et avec douleur aussi.

Souvenons-nous, personne ne nous a distingués, nous les Juifs, par notre «religion» depuis…Vichy et Pétain! Pour nous faire disparaître, d’ailleurs… Aujourd’hui, ce sont nos assassins qui viennent tuer des femmes, des enfants et des hommes simplement parce qu’ils sont juifs, qui pointent cette « différence » à leur tour, à Toulouse comme Porte de Vincennes.

Distinguer les citoyens par leur religion viole le principe fondateur de la laïcité républicaine. La force de notre République est bien au contraire de toujours mettre en avant ce qui unit… et de laisser à l’intime la foi et les croyances.

L’expression « Juifs de France » est donc injurieuse, d’abord vis-à-vis de la France et de ses principes fondateurs, elle est injurieuse pour tous ceux qui sont ainsi qualifiés, elle est injurieuse enfin pour ceux qui estiment que la France est plus forte quand elle est plurielle, multiple et généreuse…

Attention de ne pas tomber dans le piège ! Demander à une personne quelle est sa religion avant de la saluer, est insultant. Il nous faut refuser cette dérive communautariste mortifère, tenir bon et debout contre ces penchants !

Si seulement vous aviez formulé votre « une » ainsi : « Des Français sont tentés de quitter notre pays où ils se sentent en danger » !

Il semble décidément bien loin le temps où, en mai 68, tellement sûrs de la force de notre communauté nationale, nous pouvions crier, dans nos rues, ensemble : « Nous sommes tous des Juifs allemands ! »

Lyne Cohen-Solal, Paris, le 21 janvier 2015

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Veux-tu que je sois d’abord et avant tout un Juif, non un Français? 

Cher Monde, je t’écris pour te dire la colère que tu m’inspires.

Je te dis «tu», comme à tous ceux que j’aime, disait la chanson de Prévert. Cela fait si longtemps que je te lis, si longtemps aussi que j’ai publié des articles dans tes colonnes, si longtemps que ne pas te lire un jour me donne le sentiment de prendre un risque, que je ne résiste pas à t’apostropher.

Tu viens de titrer « Juifs de France : la tentation du départ ». Sur cinq colonnes à la une. Tu l’as déjà fait, en octobre dernier. Cette fois-là, j’ai publié sur Slate un article intitulé : Je ne suis pas un Juif de France.

Plusieurs journalistes de ta rédaction m’en ont félicité. Les réseaux sociaux ont donné une large audience aux idées, simples, défendues dans cette tribune : s’il existe des Juifs de France, alors il existe aussi des Athées de France, et, pourquoi pas, des Catholiques, des Protestants, des Musulmans de France. Bien entendu, je n’ai pas la vanité de croire qu’un article puisse changer les idées en cours, mais au moins il peut prétendre en ralentir la diffusion.

Ne comprends-tu pas, cher quotidien, que tu fais le jeu au quotidien de tous ceux qui morcellent la France, de tous ceux qui la transforment en une mosaïque de communautés, qui contribuent à briser son unité historique. Cette unité historique vient précisément de sa diversité, de ses diversités. Tu parles de Juifs de France, au lieu de parler des Français de confession juive. Veux-tu que je sois d’abord et avant tout un Juif, non un Français ? Ton titre, qui se veut sans doute bienveillant, qui peut-être entend lutter contre la « tentation du départ », alimente au contraire le mouvement. Si je suis un Juif de France, c’est que je suis d’abord concerné par ma judéité, avant ma francité. Mais au nom de quoi te permets-tu de me dire cela ? Au nom de quoi mes amis, mes compatriotes Français de confession musulmane ou chrétienne seraient-ils d’abord définis par leur religion ?

Tarik Ramadan a écrit un jour qu’un musulman français est un musulman qui vit en France. Eh bien non ! Je ne vois en France que des Français, quelle que soit leur religion, leurs goûts, leurs opinions, leurs engagements. Iras-tu, mon cher Monde, titrer un jour que les Corses de France ou les Bretons de France souhaiteraient plus de considération ? A quand les Daltoniens de France ou les Chauves de France ? Après l’assassinat prémédité de quatre Juifs dans un hypermarché, es-tu prêt à titrer : Les Chrétiens de France s’interrogent ?

Il faut que tu reviennes à des idées simples : en France vivent des Français. Des femmes et des hommes d’origines diverses, nés dans des religions diverses, mais qui doivent se déterminer avant tout par leur nationalité. Chaque fois que tu diras « Juif de France » ou « Musulman de France », tu accentueras la lente décomposition de l’unité nationale. Il ne faut pas être aveugle à sa propre cécité.

Je t’en prie, mon cher Monde, reviens.

François Rachline, Conseiller spécial du président du Conseil économique, social et environnemental, essayiste et écrivain (Qu’est-ce qu’être français ? Hermann Edition).

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Faire partager les valeurs unitaires de la République

Le titre en pleine page, à la une du Monde du 21 janvier 2015, titre repris en p. 7, nous paraît choquant et de nature à encourager les communautarismes. En fait, la formulation « Juifs de France » ne répond à aucun ensemble catégoriel, ni confessionnel, ni politique, ni social, ni communautaire.

Les juifs qui vivent en France sont citoyens français, anciennement ou plus récemment. Certains, relativement peu nombreux par rapport à l’ensemble, peuvent songer au départ, notamment parmi ceux dont les parents ou grands parents, issus de pays du Maghreb, ont déjà vécu un exil lié aux difficultés historiques de la coexistence avec les musulmans, accentuées par la décolonisation et le conflit israélo-palestinien. D’où les peurs indiscutablement ressenties à la suite des derniers chocs et massacres, et la tentation de partir à nouveau.

Est-ce vraiment au Monde d’afficher des expressions d’un schématisme simpliste, et qui vont dans le sens de la fragmentation nationale ? Dans les moments difficiles comme ceux que nous traversons, on attend de son journal qu’il prenne de la distance et participe continument au nécessaire effort de pédagogie pour faire partager les valeurs unitaires de la République.

Jean et Renée Nicolas-Rozenblum, Paris

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Une insulte à la tradition républicaine française

Vieille abonnée du Monde, j’ai été très choquée par le titre du journal daté du mercredi 22 janvier dernier: « Les juifs de France : la tentation du départ ».

1) Que signifie cette généralisation ? Je suis française, juive par mes ancêtres depuis plusieurs siècles. Ma famille et moi n’avons jamais eu d’autre patrie que la France. Nous ne sommes pas les seuls et sommes aussi représentatifs des « juifs de France » que les juifs qui veulent partir. Et pour quel pays ?

2) Je suis indignée, révoltée, par le toupet de Netanyahou qui ose parler d’Israël comme de notre soi-disant « foyer ». Israël est un pays dont la politique, au moins depuis l’assassinat de Rabin, est un déni aux droits de l’homme : rapt des terres palestiniennes et ruine des paysans palestiniens, incendie des cultures d’oliviers, capture de l’eau, extension éhontée des colonies peuplées pour la plupart d’extrémistes intégristes, humiliations quotidiennes de la population palestinienne, tuerie de la population de Gaza en juillet dernier, apartheid contre les citoyens arabes d’Israël. La présence de Netanyahou dans le défilé du 11 janvier est une honte, une tache. Cela ne veut, évidemment, pas dire que j’approuve les abominables attentats contre Israël et sa non reconnaissance par le Hamas.

3) Je suis horrifiée par les attentats antisémites (Merah, Menouche, Hypercasher) et je crois savoir ce qu’est l’antisémitisme mieux que les aspirants au départ : je suis allée à l’école avec l’étoile jaune et j’ai vécu cachée de novembre 1942 à août 1944. Toute ma vie d’adulte j’ai lutté contre l’antisémitisme, contre le racisme et aussi contre les guerres coloniales qu’a menées la France. Je suis signataire de l’Appel dit des 121 contre la guerre d’Algérie, en 1960.

4) Les personnes interviewées par Le Monde de ce mercredi 22 janvier sont des orthodoxes, voire des intégristes. Un dame interrogée dit qu’elle va chercher sa fille à l’école tous les midis pour qu’elle mange casher à la maison… C’est son droit, évidemment, mais est-elle représentative des « juifs de France » ? Pas plus que ceux qui, comme moi, sont contre tout communautarisme.

5) Je pense que ce titre est une insulte à la tradition républicaine française qui a fait, depuis la Révolution (décret d’émancipation de 1791) des juifs des citoyens « libres et égaux » (Robert Badinter).

Simone Dreyfus-Gamelon, chevalière de la Légion d’honneur, anthropologue, directrice d’études à l’EHESS

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La fraternité ne se décrète pas

Les réactions aux événements dramatiques que nous venons de vivre ont montré que la mobilisation de plusieurs millions de Français ne signifiait pas unanimité de nos concitoyens dans le rejet et la réprobation de la violence et elles ont révélé de profondes fractures dans la population, visibles dans la jeunesse.

Avec raison, beaucoup ont vu, dans ces violences, une atteinte à la liberté d’opinion et d’expression, celle de la presse en particulier. Et la défense de cette liberté fut sans doute le moteur essentiel des grandes manifestations du 11 janvier, accompagnées de nombreux débats sur ses limites principalement dans le domaine de la caricature. Restreindre cette liberté, indispensable au bon fonctionnement de notre démocratie serait une régression La seule réponse possible pour Charlie Hebdo était de publier de nouvelles caricatures de Mahomet ou de différents religieux pour montrer la détermination à ne pas céder à la violence des terroristes. Ne rien publier aurait signé leur victoire .

Mais il faut penser à la suite, et se rappeler que dans notre devise républicaine, aux côtés de la Liberté, si souvent invoquée ces jours derniers, figurent également l’Egalité et, depuis 1848, la Fraternité. Alexis de Tocqueville constatait au milieu du XIXe siècle que la Liberté et l’Egalité semblaient être inconciliables et que les Français préféraient renoncer à la première pour bénéficier de la seconde, à laquelle ils aspiraient depuis longtemps. Aujourd’hui il faut chercher sur quels points, dans le climat actuel, Liberté et Fraternité sont conciliables. On peut comprendre que certaines caricatures ont été reçues comme des offenses à la religion et des blessures aux convictions religieuses. On peut comprendre également que le discours sur la liberté d’expression et notre conception de la laïcité, qui sont le fruit d’une longue histoire, ne soient pas reçu par tous nos concitoyens.

La fraternité renvoie à l’amour universel, à la solidarité, au partage d’un idéal commun, à l’amitié, à la volonté de ne pas blesser l’autre. « Autant la liberté et l’égalité peuvent être perçues comme des droits, autant la fraternité est une obligation de chacun vis-à-vis d’autrui. C’est donc un mot d’ordre moral. » écrit le philosope Paul Thibaud,. S’il est possible de légiférer et réglementer sur les deux premiers termes de notre devise républicaine, il est plus délicat de le faire sur le troisième ; la fraternité ne se décrète pas.

Ce qui est en jeu aujourd’hui, c’est l’unité nationale. L’union républicaine qui s’est affichée le 11 janvier, ne peut être confondue avec l’unité nationale. Il est nécessaire que chacun réfléchisse aujourd’hui aux moyens de renforcer cette unité. La Fraternité peut fournir une réponse et elle ne sera pas prise pour une faiblesse face à la violence.

Paul D’Hollander, citoyen français, Limoges

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Source Article from http://mediateur.blog.lemonde.fr/2015/01/23/la-france-est-plus-forte-quand-elle-est-plurielle-multiple-et-genereuse/
Source : Gros plan – Google Actualités

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