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L
e 3 décembre est une date emblématique pour Agen, car choisie pour l’inauguration du boulevard piéton et, deux ans après, pour celle des cinémas, Cap’Ciné et le Studio Ferry des Montreurs d’images. Le boulevard n’est pas exempt de critiques, mais il est aujourd’hui considéré, au moins sur ces 400 mètres pavés, comme une réussite. Un bilan que le tout nouveau quartier des cinémas est encore loin d’atteindre…
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Cap Cinéma « trouve peu à peu sa place »
Les chiffres de la première année d’exploitation seront connus officiellement aujourd’hui. « Mais, avec plus de 350 000 entrées, nous ne sommes pas loin de l’objectif fixé », selon Pauline Gasnier, directrice, depuis juin, de Cap’Cinéma. « Les gens nous font encore remarquer qu’ils ne trouvent pas le bâtiment, faute d’indications ». Alors, la jeune directrice a fait poser des plans à l’entrée de l’ancien, boulevard Carnot, histoire de rappeler que « oui, il y a 10 salles à Agen ». Ce qui, pour une ville de cette taille, « n’est pas rien », rappelle la jeune femme.
C’était il y a trois ans, après des travaux de 3,5 millions d’euros, des commerçants qui râlent, des passants qui se tordent les chevilles dans les trous… Et aujourd’hui, voici 400 mètres de boulevard de la République piéton. Les chevilles sont réparées, les colères oubliées.
Si les commerçants de ce morceau choisi de boulevard sont satisfaits, il y a un revers à la médaille : le site piéton a été accusé de vampiriser les énergies, de tout concentrer sur ces 400 mètres de long. Autour, le commerce souffre, beaucoup se sentent oubliés (lire par ailleurs).
Aujourd’hui, les lignes bougent doucement. Pas forcément en direction du Pin, là où les besoins se font sentir. Mais d’autres travaux d’ampleur sont prévus, notamment autour des Cornières. Pas la rue, mais les immeubles jusqu’autour de la place des Laitiers.
Autre indice qui montre que les temps changent : jusqu’il y a récemment, les enseignes enviées H&M ou Zara n’auraient envisagé une éventuelle installation ailleurs. L’une des enseignes, commencerait à se laisser convaincre par les anciens locaux du Cinéma Carnot, qui restent à réaménager et qui appartiennent, aujourd’hui, à la mairie (lire « Sud Ouest » du 18 novembre).
Reste le problème plus global de l’attractivité du lieu. Il reste trois emplacements de 300 m² vides. Ils sont destinés, dans les projets initiaux, à des restaurants. Les habitants du quartier et les commerçants attendaient beaucoup de ces lieux pour apporter de la vie autour du Pin. Aujourd’hui, « nous avons une proposition sur un des locaux, mais rien n’est signé ». De restaurants, il est toujours question, « mais si d’autres porteurs de projets sont intéressés, Philippe Dejust (patron de Cap’Cinéma, NDLR), est ouvert à toute proposition ». Ces locaux peuvent être divisés et leur prix a été révisé à la baisse.
En revanche, quand le cinéma sort des sentiers battus et se lance dans les concerts, le succès est franc. « C’est la seconde saison de All that jazz, et les retours sont excellents », souligne Pauline Gasnier. Les initiatives comme les retransmissions sont souvent saluées. « Nous avons les mains libres afin de satisfaire le public, comme proposer de la version originale, y compris sur des films comme ‘‘Hunger Games » ».
Le parking, encore et toujours
Les 400 places de parking de la gare, à moins de trois minutes à pied du cinéma, ne séduisent pas. Par manque d’intérêt le jour. Par insécurité le soir. « Même si c’est plus un climat qu’une insécurité réelle », estime un habitué des lieux. Pourtant, le ticket de cinéma donne droit à trois heures de stationnement gratuit. « De plus en plus de personnes font valider leur ticket de parking, tout est une question d’habitude, cela commence à entrer dans les mœurs », note Pauline Gasnier. La journée, d’autres problèmes se posent, concernant le stationnement en particulier. « C’est l’anarchie, les gens se garent jusque devant les portes des commerces », peste Carole Boudou. Il y a quelques jours, un véhicule a même bloqué l’accès à sa boutique Natur’Elle Bio.
De l’autre côté du cours du XIV-Juillet, Elhadi, qui a créé son restaurant de kebab il y a vingt ans, voit bien les effets des places de parking disparues ou occupées par des gens qui y restent toute la journée. « Sur les arrêts minute, il y a parfois des gens qui restent deux jours ». Un effet accentué depuis novembre, quand une partie du parking du Gravier est devenue payante. Les commerçants du Pin demandent que la police municipale passe pour verbaliser plus régulièrement.
« Heureusement que j’ai mes habitués », souligne le commerçant. Il regrette de ne pas avoir vendu son commerce juste avant les travaux. Il avait reçu à l’époque une proposition. « Mais je me suis dit qu’avec les cinémas… »
Le Studio Ferry tire son épingle du jeu
La voix détonne un peu dans ce constat morose. Le Studio Ferry marche. Et plutôt bien. « Il nous fallait prendre la mesure de ce lieu », pour le président des Montreurs d’images, Thierry Salvalaïo. L’objectif de 50 000 spectateurs est atteint. Mais plus qu’un cinéma, le Studio Ferry est un lieu de vie, avec un café qui fait le plein le dimanche, jour de marché, des expositions photo qui se succèdent. « Il est encore trop tôt pour dire si les personnes qui franchissent la porte du Studio Ferry, pour boire leur café, viennent ensuite au cinéma, mais il y a toujours un bénévole pour répondre éventuellement à leurs questions ».
C’est surtout la suite de l’exploitation que l’équipe des Montreurs ne veut pas manquer. Aujourd’hui, le cinéma s’enorgueillit de quatre labels délivrés par le Centre national de la cinématographie (recherche, patrimoine et jeune public et le dernier en date, Europa). Ce dernier atteste que 25 % de la programmation est constituée de films européens (non français). « Une centaine de cinémas en France sont ainsi labellisés ».
Les commerçants se disent étranglés
Qu’ils soient de la seconde partie du boulevard de la République, celle qui mène au Pin, ou autour de la place du même nom, ils sont peu nombreux à tirer profit de l’installation des cinémas, en particulier le multiplexe, qui était pourtant censé dynamiser l’ensemble du quartier. Pour beaucoup, commerçants ou utilisateurs, « il ne suffit pas de poser un cinéma pour que tout se fasse dans le quartier ».
Seul le McDonalds, avec sa terrasse agrandie depuis les travaux, semble y trouver son compte. « Nous avons retrouvé le chiffre d’affaires de 2012, avant les travaux », détaille Éric Arnoux, gérant des restaurants du Pin, de Saint-Jacques et de Boé. La perspective de voir, peut-être, d’autres restaurants s’installer dans des locaux aujourd’hui vides ne l’effraie pas, au contraire. « Nous ne serons pas sur le même créneau. Et dans ce milieu, la concurrence appelle la clientèle. »
« La coupe est pleine »
Il est le seul parmi les commerçants rencontrés à afficher un début de satisfaction. « J’ai perdu 40 % de mon chiffre d’affaires depuis le début des travaux », bouillonne Carole Boudou, de Natur’elle Bio. Un commerce bien installé, depuis dix-sept ans, dans 200m2 de surface. « Les gens ne peuvent plus se garer ». Devant chez elle, c’est l’anarchie. « Il y a des voitures qui se mettent devant la porte, empêchant les gens de rentrer. Avec d’autre, elle a alerté les élus. Une réunion a même eu lieu à la Chambre de commerce et d’industrie, cet été.
Les commerçants de ce quartier se sentent abandonnés, voire dénigrés. « Il m’a été conseillé de me mettre en liquidation judiciaire, s’insurge Carole Boudou. Mon métier, mon commerce, je les aime, j’y crois ». Mais elle envisage tout de même un déménagement.
De l’autre côté de la rue, au Bar du XIV-Juillet, la patronne a même dû licencier. Tous ont modifié leurs horaires, travaillent sans prendre de vacances. Et devant ce qu’ils considèrent être un naufrage du quartier, « la coupe est pleine ».
Source Article from http://www.sudouest.fr/2014/12/03/le-quartier-des-cines-peine-a-tisser-sa-toile-1756018-3603.php
Source : Gros plan – Google Actualités
